La galerie accueille l’exposition de Thibault Hazelzet, Narcisse et Danaé du 2 juin au 27 juin 2009. Cet artiste de 34 ans, qui vit et travaille à Paris, présentera pour la première fois une douzaine de compositions photographiques reflet du travail de ces trois dernières années.
Thibault Hazelzet effectue autant un travail de peintre (sa première activité) qu’un travail de photographe au sens habituel du terme, en cherchant à composer une image, manuellement, artisanalement, dans l’atelier et dans la chambre noire de l’appareil photo. La photographie n’est alors plus considérée comme simple outil de captation du réel, mais comme outil de création, par un système de caches et de calques qu’il peint au sein même de la chambre. Le travail se fait donc en plusieurs temps : dans l’atelier, dans l’appareil photographique, puis dans le laboratoire afin d’obtenir un tirage définitif et unique de chaque image.
Ces compositions imaginaires sont élaborées en référence à des mythes fondateurs, comme par exemple, Danaé, évoquée par la pluie d’or qui la féconde, ou encore Narcisse dont les interventions peintes font écho aux Nymphéas tandis que de grandes fenêtres noires obtenues à partir de caches, deviennent miroirs du spectateur.

Narcisse, 2008, acquisition du Fond National d'Art Contemporain, session avril 2009
Cette artiste japonaise de 36 ans
expose pour la première fois à Paris en solo. Pour Unconscious
Anxiety, Chiharu Shiota réalise une installation en exclusivité pour la
galerie : une robe suspendue à l’intérieur d’un cocon arachnéen fait de
fils de laine noirs qui l’isolent en perturbant les repères spatiotemporels. A
ce vestige d’une vie humaine placé dans un écrin de fils ténébreux, répondent,
sous le titre générique à forte tonalité philosophique State of being
(existence), plusieurs boites qui sont autant d’installations miniatures
emprisonnant des objets divers, faisant parfois référence à l’enfance. La
galerie propose également un aperçu de son œuvre graphique avec une dizaine de
dessins.
La Galerie Christophe
Gaillard dispose d’un très grand fond d’estampes toutes époques, techniques et
provenances confondues. La plupart provient des meilleurs ateliers parisiens de
la première et seconde école de Paris, et nombreuses sont les œuvres qui
portent le timbre sec « Michel Cassé ». Une gravure d’Alberto Giacometti
représentant un homme assis dans un fauteuil, côtoie les lithographies aux tons
très vifs des Nouveaux Réalistes, l’univers onirique de Bellmer, ou encore
l’imagerie édulcorée en rose ou bleu de Monory. Parmi ces estampes, on trouve
de très belles pièces dans un état de conservation exceptionnel souvent
référencées, comme c’est le cas pour les lithographies, eau fortes et
aquatintes de Soulages qui sont reproduites dans le catalogue Soulages l’œuvre
imprimé édité à la BNF. Sur le papier, la brillance du noir loin de décevoir,
exalte la couleur à laquelle il est associé, ainsi l’ocre, le bleu, le brou de
noix, surgissent de ses profondeurs. A dominante noire toujours mais cette fois
chez Marfaing, la petitesse du format contraste avec la densité du sujet, le
nombre de lignes, de traits, de signes comme des empruntes de gestes
d’orfèvrerie qui apparaissent en surface lisse ou épaisse et font surgir le
blanc du dessous.
L’économie des couleurs se retrouve chez
Bettencourt dont les gravures, figuratives, explorent sur de très grands
formats des graphismes totémiques. L’ampleur de la feuille de papier se
retrouve dans les portraits de Dmitrienko, où les aplats de couleurs choisies
avec parcimonie (rouge bleu, blanc noir et chair) ceints par des lignes épurées
poussent le sujet, des victimes, dans le paroxysme de leur privation
d’expression et de liberté. La simplicité des figures géométriques aux couleurs
vives de Tal Coat qui sont suspendues avec élégance sur la surface blanche,
contraste avec les éclatantes surfaces rouge ou bleues d’un Olivier Debré.
L’année
2009 s’annonce riche en parcours d’univers artistiques. Après les photos
extrêmement colorées de Bénédicte Hébert, place en mars à l’économie des
couleurs de Chiharu Shiota, qui trace dans l’espace d’épaisses et denses lignes
noires autour d’objets aux couleurs pâlies. Elle confère ainsi à ses vestiges
emprisonnés une sacralité inquiétante ; et c’est avec une sorte de
fascination-répulsion que nous appréhendons ses étranges installations. Dans
ses dessins cependant, des fils rouges vifs écorchent le papier et y laissent
leur cicatrice en relief sur des silhouettes, esquissées à l’aquarelle, qui
paraissent parfois lointaines.
Lui succède au mois de mai
Nasser Assar, dont les œuvres de la décennie 1970 avaient créé un véritable
engouement auprès de la société critique, intellectuelle et artistique de
l’époque dont le poète Yves Bonnefoy: ses grands paysages nuagistes (le peintre
est fasciné par Caspar Friedrich) nous invitent à une rêverie plus ou moins
tourmentée. Les huiles verticales roses explorent quant à elles le geste à
travers la calligraphie extrême-orientale.
L’accrochage de juin est dévolu à un
jeune artiste contemporain, Thibault Hazelzet, plasticien et photographe, qui,
derrière des titres à tonalité mythologique ou biblique, joue sur les
superpositions pour aboutir à des compositions rigoureuses,
pluridimensionnelles. En octobre, Les huiles sur toile et œuvres sur papier de
Pierre Dmitrienko rassemblées dans la série des Biaffrais sont une
vive dénonciation de l’horreur : le peintre, à travers des graphismes
épurés et une palette contrastée entre le noir, le blanc et le gris, nous
secoue et nous lance au visage celui, baillonné, des victimes.
Le mois de novembre
fait la part belle à la photographie interlope: Les montages de Pierre Molinier
dans des alcoves en noir et blanc nous convient à un bal fétichiste de jambes
ornées de jarretelles, bustes corsetés et têtes de poupées angéliques quand il
ne se met pas en scène dans une pose suggestive et dominatrice.
L’année
s’achèvera sur les dessins médiumniques -où le papier n’est parfois qu’à peine
effleuré- de Fernand Desmoulin, graveur officiel de la seconde moitié du XIXe
siècle, qui, acquit au spiritisme, réalisa pendant deux ans des portraits aux
courbes évanescentes, mystiques, des lignes d’écritures penchées vers le haut
de la feuille comme aspirées vers une instance supérieure.
Diversité des
supports et des techniques donc, mais aussi des époques et de l’origine
géographique des artistes : en 2009, la Galerie Christophe Gaillard vous
réserve des découvertes et des redécouvertes éclectiques.
Samedi dernier, jour du vernissage de
l’exposition « Ca me regarde » de Bénédicte Hébert, la galerie n’a
pas désemplie de 18h à 21h30. Nombreuses impressions enthousiastes, aussi bien
chez les critiques que chez les visiteurs, ont été recueillies. Le Moulin de la
Galette est l’une des œuvres qui a marqué ce soir-là. Son format et sa mise en
valeur accrochent le visiteur à travers les baies vitrées jusque dans la rue,
lui jetant au visage son kaléidoscope de couleurs et ses vibrations
chromatiques. Ainsi l’œil hésite, prend du temps pour faire sa mise au point,
et distingue, parfois seulement dans un second temps, ce corps de spectateur
happé par l’œuvre qui semblait jusqu’alors lui appartenir comme un véritable
trompe l’œil. Car la photographe a plaqué son sujet, spectateur du musée,
contre la peinture qu’il regarde, matérialisant la relation fusionnelle
susceptible de s’opérer dans cet acte de regard, ou encore la tension qui
s’instaure entre l’homme et l’art. Ici la confusion est d’autant plus grande
que les couleurs du manteau de notre visiteur pourraient figurer sur la palette
de Renoir, les imprimés de son vêtement, des roses anglaises sur un fond parme,
pourraient se retrouver sur la nappe du banquet ou placées de manière
irrégulière, résultat d’un geste spontané, dans un vase à la simplicité
champêtre. Cette adéquation parfaite nous fait prendre conscience que nous
avons sous nos yeux un moment rare, incroyable, de rencontre entre un homme
inspiré et sa source d’inspiration. C’est là l’un des face à face que Bénédicte
Hébert collectionne et saisit pour nous. Lorsque l’artiste, interrogée,
confirme que le spectateur du Bal du Moulin de la Galette est Japonais, qu'il
n'a rien regardé avant de s'arrêter devant cette toile du musée d'Orsay où il
est resté un quart d'heure à contempler, nous comprenons que cette image agit
comme l’illustration d’un amour plus général entre un mouvement pictural et la
sensibilité d’un public : qui ignore la passion japonaise pour
l’impressionnisme, sans parler des accointances, déjà à l’époque, entre
l’impressionnisme et le japonisme… ?

