Depuis mardi, les murs de la galerie se sont séparés des fabuleux graphismes
photographiques aux noirs et blancs tranchés, incisifs, de Giacomelli. On nous
invite désormais à une promenade à travers différentes époques picturales.
Abondance de couleurs ! Les toges rubis du Calvaire du Christ de l’aile
Denon ricochent avec celui du pull noué autour de la taille d’un homme songeur
devant une toile de Cy Twombly, qui, a son tour, fait vibrer la robe vermillon
de Marie dans la Sainte Famille de Rubens… non loin de là, les carrés pleins ou
percés du Boogie Woogie de Mondrian rappelés par l’arc de cercle d’un
audioguide suspendu à la nuque d’un visiteur saisi dans sa contemplation,
incitent l’œil à poursuivre son parcours, sans répit, jusqu’au rouge « lie
de vin » des voiles du Vénus et Cupidon de Lorenzo Lotto. De même les
roses, issus des formes anguleuses des Demoiselles d’Avignon, de la robe de la
Christina (Christina’s world) d’Andrew Wyeth observée par une jeune fille au
vêtement du même ton, ou simplement de la carnation de tous ces crânes chauves,
cous pâles, oreilles charnues des spectateurs tournés vers autant de mondes, se
renvoient le regard du visiteur. Le Moulin de la Galette et son buste au
manteau fleuri provoquent la sensation dynamique que l’on ressent face à ce
nouvel accrochage traversé de nombreux vibrato : l’œil est happé,
sollicité ici, séduit là, invité à construire sa propre narration. Depuis
mardi, la galerie s’est aussi peuplée. Car devant chaque toile de maitre
identifiable un homme de dos ou de profil s’intercale entre nous et l’œuvre
photographiée. Robuste, chétif, chevelu ou dégarni, mais aussi orné, paré, par
exemple, d’improbables bretelles jaunes devenues lignes, de lanières ou de
rubans qui accompagnent des vêtements aux graphismes variés, ces corps sont
l’expression de la force agissante de l’art et de son influence en tant que
source nourricière d’inspiration. Tous semblent converger dans le même
sens : à savoir nous rappeler subtilement la pure et simple nécessité de
la peinture.
vendredi 30 janvier 2009
Nouvel accrochage
Par Christophe le vendredi 30 janvier 2009, 16:19
jeudi 22 janvier 2009
Bénédicte Hébert: deux expositions, un catalogue
Par Christophe le jeudi 22 janvier 2009, 17:19
Le catalogue édité en parallèle de
l’exposition Bénédicte Hébert ne se réduit pas à un simple recueil des photos
que l’on pourra venir admirer, à partir du 27 janvier 2009, à la galerie
Christophe Gaillard ou au Centre d’Art Contemporain de Caen (depuis le 17
janvier). C’est un véritable livre. En regard des cinquante œuvres de l’artiste
reproduites en pleine page, le texte de Benoit Casas invite le lecteur à saisir
toute la teneur d’un travail intimiste. Benoit Casas joue le jeu de Bénédicte
Hébert en nous conviant à la lecture – contemplation sur une apostrophe
« ça vous regarde », mais nous y introduit progressivement avec poésie en
déroulant son récit de strophe en strophe comme sur des pas japonais. L’incipit
plante le décor et nous invite d’emblée à considérer le musée comme un lieu de
vie, d’aventures, d’événements « il s’y passe de drôles de choses ». Nous
pénétrons ensuite dans les salles et les couloirs sur un effet de travelling
avant, avant de découvrir l’action : « un spectateur s’arrête ».
L’artiste en mission, autre anonyme du musée cachée derrière ses initiales,
procède alors à la « saisie de face-à-face ». La sensualité du travail de
Bénédicte Hébert est développée tout au long de l’expérience littéraire de
l’œuvre, l’auteur parle d’ailleurs « d’effeuillage des regards »
quand il décrit le procédé de mise en abîme, ou encore de « corps à corps
», il n’hésite pas non plus à en franchir les limites en invoquant le
« peep show ». On découvre que Benoit Casas n’est pas avare non plus de
prose discursive si nécessaire (le langage métaphorique utilisé lui donne
néanmoins la légèreté de l’humour sans porter atteinte à la crédibilité du
discours) lorsqu’il nous explique pourquoi la démarche de Bénédicte Hébert
n’est pas « photographier dans un champ des vaches qui s’arrêtent pour
regarder passer un train ». Il s’agit de tout autre chose, et de révéler, entre
autres, que l’art exerce une force active, visible, atemporelle. En fin de
catalogue, le texte du critique Yann Ricordel situe Bénédicte Hébert dans une
histoire de l’art plus générale et souligne l’originalité de sa démarche. En
repérant une confrontation entre deux medium dans la même image, il définit le
travail de Bénédicte Hébert comme un « acte de regard ». Cette dynamique
est rendue par l’effet de plaquage du spectateur sur la peinture ainsi que le
surcadrage qui fait que le tableau déborde le cadre photographique : le
regard est concentré sur le détail, et c’est bien cela qui permet à la
photographie de Bénédicte Hébert de dégager autant de sensualité.
Le catalogue d'exposition est en vente à la Galerie Christophe Gaillard
mercredi 14 janvier 2009
"Ca me regarde" par bénédicte Hébert du 27 janvier au 28 février 2009
Par Christophe le mercredi 14 janvier 2009, 17:48 - Expositions passées
La Galerie Christophe Gaillard est heureuse de présenter la nouvelle
exposition de Bénédicte Hébert parallèlement à celle que lui consacre du 16
janvier au 27 mars 2009, le Centre d’Art Contemporain de la ville de
Caen : Would you go in if you knew you might not come out? La
fameuse phrase de Duchamp « C’est le regardeur qui fait le tableau »
bien qu’ici détournée, s’applique parfaitement aux œuvres de Bénédicte Hébert.
Le regardeur, au sens propre, est non seulement pris dans l’objectif, mais il
occupe une position centrale dans la composition. L’artiste fait d’ailleurs sa
mise au point tour à tour sur le tableau ou sur le visiteur. Le titre de
l’exposition nous invite explicitement à un jeu de regards entre celui du
spectateur que l’on devine en suspension sur les œuvres, et celui que nous
jetons sur ce tandem spectateur-œuvre. L’artiste nous interpelle et nous convie
à un face à face avec notre héritage pictural. Faisant écho au On n'y voit
rien de Daniel Arasse qui s'intéresse, sur un ton libre et plein d'humour,
au cheminement de notre pensée devant la toile, cette série peut apparaître
comme un hymne à l'œuvre regardée.
C’est par un procédé de mise en abîme que
Bénédicte Hébert nous invite à redécouvrir la peinture des Maitres. Son œuvre a
systématiquement pour sujet un tableau sans cadre, avec lequel dialogue un
visiteur devenu protagoniste de la photo et de l’œuvre elle-même. Ici, la
coiffure d’un homme répond à la queue d’un cheval appartenant à une scène de
chasse, là, les motifs d’un pull rappellent le graphisme d’une toile de
Lichtenstein. Nous sommes alors témoins d’une relation d’intimité qui
s’instaure entre le tableau et son contemplateur. D’étranges points communs
semblent nous dire qu’a lieu sous nos yeux une rencontre, une communion, ou
même un moment passionnel. Les limites de l’œuvre sont volontairement
brouillées comme dans les Noces de Cana qui comptent de nouveaux
invités, ce qui instaure une symbiose entre le sujet peint et son environnement
immédiat. Ainsi la vie autonome du tableau à travers les âges nous
parvient-elle et se présente à nous dans sa plus saisissante
contemporanéité.
Le catalogue d'exposition est déjà disponible à la Galerie.
mardi 6 janvier 2009
Mario Giacomelli jusqu'au samedi 24 janvier à la Galerie Christophe Gaillard
Par Christophe le mardi 6 janvier 2009, 18:26
Mario
Giacomelli nait en 1925 et meurt en 2000 à Senigallia en Italie. A la mort de
son père, à l’âge de treize ans, il se met à travailler dans une
imprimerie : Les caractères typographiques qui ressortent de la page
blanche marqueront à jamais son œuvre. Il commence alors à peindre, et, en
1952, achète son premier appareil photo qu’il bricole et avec lequel il ne
cessera de pousser à l’extrême les limites du contraste. Mario Giacomelli
s'intéresse aux hommes comme en attestent ses scènes de séminaristes qui jouent
dans la neige, d'où se dégage une incroyable légèreté. Ses prises de vue qui
tour à tour embrassent une foule d’impotents extatiques à Lourdes ou
immortalise leur digne avancée vers le miracle dévoilent sans pudeur les faces
les plus tourmentées de la condition humaine.
Tout au long de
son activité de photographe, Mario Giacomelli façonne des paysages aux lignes
contrariées qui tendent vers l’abstraction. C'est ce travail, injustement
méconnu semble-t-il, qu'a choisi de privilégier la Galerie Christophe Gaillard.
Ces vues aux compositions rigoureuses sont bien plus que de simples exercices
de style et se chargent de la même émotion que les sinistres photos de Lourdes
et de l'asile de vieillards: la terre en gros plan est ici tellement creusée
qu'elle en est scarifiée, là, les sillons qui la parcourent sont des stigmates
aux trajectoires irrégulières, presque torturées. La violence des hommes ne se
dirige pas seulement contre eux-mêmes: "La terre, nous avons abusé d'elle, nous
l'avons violée, pillée, et, lentement, elle meurt elle aussi"disait l'artiste.
Le survol des champs de Giacomelli nous laisse méditer, dans la plus pure
élégance, sur le couple mythologique de l'homme et de la terre sur laquelle il
ne cesse de mettre son empreinte.
mercredi 1 octobre 2008
Supports/surfaces
Par Christophe le mercredi 1 octobre 2008, 12:49 - Expositions passées
La galerie présente un ensemble d'oeuvres historiques de Supports/surfaces à
partir du 9 octobre 2008, parmi lesquelles : Louis Cane, Daniel Dezeuze,
Noël Dolla, Vivien Isnard, Christiona Jaccard, Jean-Michel Meurice, Bernard
Pages, Jean-Pierre Pincemin, Claude Viallat... 
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