La Galerie Christophe Gaillard est heureuse de présenter la nouvelle
exposition de Bénédicte Hébert parallèlement à celle que lui consacre du 16
janvier au 27 mars 2009, le Centre d’Art Contemporain de la ville de
Caen : Would you go in if you knew you might not come out? La
fameuse phrase de Duchamp « C’est le regardeur qui fait le tableau »
bien qu’ici détournée, s’applique parfaitement aux œuvres de Bénédicte Hébert.
Le regardeur, au sens propre, est non seulement pris dans l’objectif, mais il
occupe une position centrale dans la composition. L’artiste fait d’ailleurs sa
mise au point tour à tour sur le tableau ou sur le visiteur. Le titre de
l’exposition nous invite explicitement à un jeu de regards entre celui du
spectateur que l’on devine en suspension sur les œuvres, et celui que nous
jetons sur ce tandem spectateur-œuvre. L’artiste nous interpelle et nous convie
à un face à face avec notre héritage pictural. Faisant écho au On n'y voit
rien de Daniel Arasse qui s'intéresse, sur un ton libre et plein d'humour,
au cheminement de notre pensée devant la toile, cette série peut apparaître
comme un hymne à l'œuvre regardée.
C’est par un procédé de mise en abîme que
Bénédicte Hébert nous invite à redécouvrir la peinture des Maitres. Son œuvre a
systématiquement pour sujet un tableau sans cadre, avec lequel dialogue un
visiteur devenu protagoniste de la photo et de l’œuvre elle-même. Ici, la
coiffure d’un homme répond à la queue d’un cheval appartenant à une scène de
chasse, là, les motifs d’un pull rappellent le graphisme d’une toile de
Lichtenstein. Nous sommes alors témoins d’une relation d’intimité qui
s’instaure entre le tableau et son contemplateur. D’étranges points communs
semblent nous dire qu’a lieu sous nos yeux une rencontre, une communion, ou
même un moment passionnel. Les limites de l’œuvre sont volontairement
brouillées comme dans les Noces de Cana qui comptent de nouveaux
invités, ce qui instaure une symbiose entre le sujet peint et son environnement
immédiat. Ainsi la vie autonome du tableau à travers les âges nous
parvient-elle et se présente à nous dans sa plus saisissante
contemporanéité.
Le catalogue d'exposition est déjà disponible à la Galerie.
Mario
Giacomelli nait en 1925 et meurt en 2000 à Senigallia en Italie. A la mort de
son père, à l’âge de treize ans, il se met à travailler dans une
imprimerie : Les caractères typographiques qui ressortent de la page
blanche marqueront à jamais son œuvre. Il commence alors à peindre, et, en
1952, achète son premier appareil photo qu’il bricole et avec lequel il ne
cessera de pousser à l’extrême les limites du contraste. Mario Giacomelli
s'intéresse aux hommes comme en attestent ses scènes de séminaristes qui jouent
dans la neige, d'où se dégage une incroyable légèreté. Ses prises de vue qui
tour à tour embrassent une foule d’impotents extatiques à Lourdes ou
immortalise leur digne avancée vers le miracle dévoilent sans pudeur les faces
les plus tourmentées de la condition humaine.
Tout au long de
son activité de photographe, Mario Giacomelli façonne des paysages aux lignes
contrariées qui tendent vers l’abstraction. C'est ce travail, injustement
méconnu semble-t-il, qu'a choisi de privilégier la Galerie Christophe Gaillard.
Ces vues aux compositions rigoureuses sont bien plus que de simples exercices
de style et se chargent de la même émotion que les sinistres photos de Lourdes
et de l'asile de vieillards: la terre en gros plan est ici tellement creusée
qu'elle en est scarifiée, là, les sillons qui la parcourent sont des stigmates
aux trajectoires irrégulières, presque torturées. La violence des hommes ne se
dirige pas seulement contre eux-mêmes: "La terre, nous avons abusé d'elle, nous
l'avons violée, pillée, et, lentement, elle meurt elle aussi"disait l'artiste.
Le survol des champs de Giacomelli nous laisse méditer, dans la plus pure
élégance, sur le couple mythologique de l'homme et de la terre sur laquelle il
ne cesse de mettre son empreinte.